J’avais décidé que les foules n’étaient pas mon truc et que la Journée Mondiale de la Jeunesse à Toronto, bien qu’ayant lieu à proximité, n’était pas une expérience qui allait contribuer à ma vie de foi…
Je me trompais. Royalement. Divinement.
Je viens d’une famille croyante, très pratiquante, où je suis l’aînée de sept enfants. Nous avons vécu presque en symbiose avec un monastère de religieuses bénédictines cloîtrées, où ma tante est entrée lorsque j’avais 9 ans.
À 20 ans, je ne savais pas très bien ce que j’allais faire dans la vie. J’avais acquis, à l’occasion d’un passage à Paris en solitaire, au cours duquel il m’était arrivé quelques aventures, un poil plus de maturité, et lorsque nous sommes revenus à Montréal, je quittai la maison de mes parents définitivement, sans trop savoir où j’allais. Je partis donc chercher refuge au monastère… C’était en juin 2002.
Peu de temps après eurent lieu les journées d’accueil en diocèse avant la JMJ. Chez une amie du monastère qui connaissait aussi mes parents, je rencontrai trois jeunes allemandes qui y étaient accueillies, et avec qui je me liai d’amitié. Lors des activités du diocèse, je rencontrai également quelques Italiens, et nous faisions une joyeuse bande à nous six parmi la centaine d’autres jeunes, conversant tant bien que mal en anglais et en gestes… Je n’allais toujours pas à la JMJ, bien sûr!
Pourtant, la veille du départ pour Toronto, la dame chez qui j’étais m’annonce que je pars le lendemain matin avec le groupe du diocèse… Imaginez ma surprise! Joie? Sûrement, mais dépassée par un étonnement sans borne!!!
J’avais peu de vêtements, pas d’argent, un sac de couchage prêté… et rien d’autre. Voyageons léger : sac d’école à peine rempli et sleeping!
Donc, le lendemain, départ tôt le matin en autocar. Sur la route, vers Toronto, des orages monstrueux ont éclaté. Un peu avant Toronto, nous nous sommes arrêtés, comme des centaines de cars, à un centre pour aller quérir les sacs JMJ, les passes de transports et les tickets-repas pour la semaine. OUF!!
Nous sommes repartis pour l’école de banlieue qui nous avait été assignée, je ne me souviens plus du tout dans quelle zone géographique… enfin, nous nous y sommes installés, joyeux et contents d’être arrivés. Je crois que nous avons mangé à un petit restaurant.
N’ayant pas de tapis de sol ni d’oreiller, le confort était sommaire, je me rappelle pourtant avoir passé d’excellentes nuits de sommeil, sans blague ! J’avais une brosse à dents et une brosse à cheveux, par contre… Shampooing et savon m’ont été généreusement prêtés toute la semaine par des collègues pèlerins qui étaient un peu plus encombrés. Je me rappelle aussi que j’étais très surprise que la fraîcheur arctique de la douche matinale dérange autant les membres du groupe.
Je crois qu’en fait, je n’avais tellement pas d’attentes que tout m’était une faveur, y compris les douches froides et la pluie, les petites portions de nourriture… Je n’ai absolument aucun mauvais souvenir de ce pèlerinage, et c’est ce qui m’étonne toujours lorsque je reviens à ces souvenirs. J’ai vécu chacun des moments de cette semaine comme une grâce que je ne méritais pas, comme un cadeau.
Le moment le plus significatif de cette JMJ de Toronto fut pour moi l’homélie de Jean-Paul II sur les Béatitudes évangéliques. Curieusement, sur le moment même, ce ne fut pas les paroles dites qui me touchèrent, mais plutôt l’ambiance à la fois émue, joyeuse et grandiose de ce moment, à Exhibition Park, avec ces milliers de jeunes de partout qui faisaient chanter leurs drapeaux . Ce n’est que plus tard, après mon retour à Montréal, que je reçus les paroles de Jean-Paul II et celles de Jésus, comme un programme de vie. Je me rappelle avoir peint une scène pour mon ami italien, celle de la foule des JMJ en arrière-plan du sermon sur la montagne. C’est vraiment ce que j’ai retenu de cette JMJ.
Mais aussi, ces moments dans les transports en commun où toutes les langues chantaient et se répondaient.
Lorsque le pape est arrivé, il pleuvait encore, et pendant la messe, il y a fait allusion par une petite blague sur la bénédiction venue du ciel, quelque chose de ce genre… Il ventait toujours, et c’était presque une ambiance de fin du monde. Pourtant, à un moment dans la messe, le soleil apparut soudainement, presque miraculeusement, et la chaleur accompagnée du vent séchèrent rapidement ma robe… Les gens plus encombrés furent moins chanceux, mais la bonne humeur revint rapidement. Les Italiens et les Allemandes nous avaient retrouvés, et nous avons chanté le Notre Père en nous tenant tous la main…
Il reste un dernier chapitre, qui continue encore maintenant.
J’avais rencontré d’autres jeunes croyants de mon âge, avec qui j’avais échangé, prié, chanté, dansé… En revenant à Montréal, j’avais très envie de trouver un moyen d’assurer une certaine continuité. Je retournai au monastère avec pour objectif de me trouver un endroit où rester et en même temps vivre tout cela. Je trouvai, avec l’aide de Dieu, la Bande FM et sa Fraternité Réjouis-toi. Je restai deux ans dans cette fraternité, et j’y rencontrai ceux qui restent encore mes meilleurs amis. Pour la Bande FM, groupe de jeunes désireux de trouver des réponses, ou encore d’autres questions sur la foi, j’en fais encore partie jusqu’à aujourd’hui, ainsi que mon mari, que j’y ai rencontré !
Et en ce qui concerne les Italiens et les Allemandes, nous sommes toujours en contact !
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